Besoin de mer [3]
Wednesday, April 9th, 2008
Pour quoi ce titre au fil des articles de ce blog ? Car c’est aussi celui d’un livre écrit par Hervé Hamon. C’est avec passion que l’auteur nous parle de la Bretagne. Au fil de sa plume, HH. passe par des coups de colères contre le béton qui envahit les côtes sans respecter l’environnement et rend hommage à tous les acteurs de la mer, qu’ils soient écrivains, explorateurs ou marins.
Pour Pascale Arguedas, Hervé Hamon a une “plume sans détours, alerte et soignée, simple et métaphorique qui s’échappe soudain dans des envolées lyriques ou des colères contenues, [il] parle des gens de la houle, de leurs folies, de leurs joies et de leur plaisir d’être. Des plaisirs inépuisables, des émotions durables, des choses qui échappent, des impatiences, des calmes plats, des surprises.”
Les amoureux du rivage dénoncent fréquemment les crimes perpétrés contre la côte. Ils s’en prennent, et ils ont raison, aux innombrables bâtisses construites trop près, trop mal, par esprit de lucre ou par égoïsme- l’un et l’autre à courte vue. J’ai prôné, plus haut, l’acceptation du tourisme et des touristes. Ce n’est évidemment pas l’acceptation du béton. De reste, il existe, en la matière, une justice : au bout du compte, les « investissements » destinés à drainer hâtivement les foules sont précisément ce qui finit par les éloigner. La côte sud de la Bretagne s’est laissée aller, enchaînant les penn-ti (pavillons typiques construits en série) modèle standard, encerclant les grèves d’un ruban de bitume. Il est clair, à présent, que c’est le Nord, moins enlaidi, qui suscite le rêve, malgré ses averses. En une douzaine d’années, j’ai vu se transformer la cote septentrionale de la Crête, j’ai vu devenir folle une société riche d’huile et de vin, enracinée dans sa montagne, orgueilleuse, accueillante, abandonnant les olivaies pour faire frire à la chaîne des calamars congelés. Bilan : une Costa Brava lamentable qui sera bientôt, sauf miracle, tout au bas des catalogues, et qui mérite, pourtant, cent fois le voyage. L’actuel « succès de mon pays »recèle une part de danger.
Ce qu’on n’y dénonce peut être pas assez fort, c’est le péril qui menace l’estran. Parce que la flore et la faune se raréfient. Mais aussi parce que cet espace secret, furtif, ce lieu d’apparition est attaqué, dénaturé. Je suis plaisancier. J’aime les ports, ils me sont nécessaires pour m’abriter. Mais quel besoin avons-nous de construire partout des marinas, ces parkings qui sont aux havres ce que l’autoroute est aux sentiers ? La leçon des rives méditerranéennes n’est – elle pas éloquente ? En Angleterre, les estuaires sont parsemés de coffres, pas de pontons, ils restent intacts sans refuser à quiconque le passage, et des bateaux taxis, le soir, ramènent à bord les équipages quand tinte la cloche des pubs. J’ai été récemment, témoin de deux assassinats. Trébeurden, tout au bout de la cote de granit rose, était un site délicieux, pourvu d’une plage orientée au sud et d’un mouillage tranquille, un brin venteux. Il aurait été possible de briser la houle d’ouest par un dispositif flottant et discret. Mais le maire, M.Guennec, a vu grand. Séduit par des promoteurs (tellement séduit qu’il s’est retrouvé en prison pour corruption), il a justifié et ratifié la construction d’une digue si haute qu’elle cache la mer, et d’une marina inutile dont les anneaux se vendent mal. Plus à l’est, Saint Quay Portrieux, ancienne base « terre neuvienne » voisine de Binic, a connu un sort analogue à celui du Havre ou de Lorient : une destruction frénétique, à cela près la France, dans les deux cas, était en guerre. L’idée d’offrir un point de repli pour les navires, au creux d’une baie qui découvre à marée basse, n’avait rien d’hérétique. Mais M.Josselin, président du Conseil général, a vu grand. Et l’on a conquis, sur l’estran et au-delà un immense port de mille places, un port rectangulaire d’où l’on n’aperçoit que des blocs entassés. Les emplois liés au projet, les activités connexes sont restées dans les cartons de leurs fumants géniteurs. Ne subsiste plus que le blockhaus.
Je suis un fervent partisan de la décentralisation. Encore conviendrait-il que les nouveaux barons qu’elle adoube ne s’estiment point propriétaires de leur fief, mais dépositaires, transitoires et révocables, d’un bien qui ne leur appartient pas et dont la valeur les dépasse. Pour marquer le coup, je proposerais volontiers que les grandes aberrations qui défigurent notre rivage empruntent à jamais, dans la mesure où elles ne sont pas réversibles, le nom de leur auteur. Trébeurden s’appellerait ainsi Port Guennec, Portrieux deviendrait Port Josselin, le Crouesty Port-Marcellin. Quant au Midi, ce serai un régal : la moindre crique, la moindre calanque serait égayée d’un patronyme glorieux. Et les enfants des écoles, trois générations plus tard, sauraient que ce tas d’ignominie qui défie le bon sens, le bon goût , et la modestie des hommes devant la nature, fut l’objet d’études, de délibérations de trocs et de paraphes. Excellente leçon d’instruction civique. »
Pétole
Saturday, February 9th, 2008
Beau temps, belle mer, j’ai l’impression d’être en été. Effet grande marée, au loin, des silhouettes grattent frénétiquement le sable à la recherche de rigadelles. Les bambins s’amusent dans les rochers. Le soleil me caresse le visage, je ferme les yeux et me plonge dans un profond sommeil avec en fond sonore, le bruit des vagues qui s’éclatent sur le sable chaud.